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► Monica Swinn: Après Dante, Lautréamont: la noirceur effroyable et sublime des ‘‘Chants de Maldoror’’...  Toute effroyable qu’elle soit dans sa férocité sans frein, la révolte de Maldoror me semble avoir un goût plus vif et des aspects plus inattendus que l’usine à supplices programmés des cercles de l’enfer. Ferait-il un peu moins sombre de ce côté-là de la souffrance?

Elizabeth Prouvost: Comme en un reflet inversé, ‘‘Les Chants de Maldoror’’ sont des effusions juvéniles  presque animales, instinctives, sans calcul avec des interruptions, comme des descriptions de tableaux vivants, imprévisibles dans la cruauté. Dans ces Chants, j’ai retrouvé un Enfer vivant, notre monde.
Par rapport à Dante, Lautréamont inverse la flèche du temps, ses agissements ont des accents juvéniles, puissants, issus de désirs et non d’actes subis.
Une expression d’une autre logique, d’une autre vérité. Celle de la déraison comme dans les mythes, les contes de fées, les récits fantasmatiques. Toute la littérature revisitée par cet ange démoniaque. Car «les gestes de Lautréamont, dès qu’on les sent dans leurs impulsions instantanées et groupées, nous apportent en braille, des nouvelles de notre nuit intime». (G Bachelard, ‘‘Lautréamont’’).

► Monica Swinn: Après vous êtes abreuvée à la «soif insatiable de l’infini» de Maldoror,  à quelle source comptez-vous entretenir la vôtre? Des envies, des projets (photo, expo, spectacles ou autres)...

Elizabeth Prouvost: Je travaille maintenant sur l’informe. J’aimerais que les modèles avec qui je travaille perdent tout à fait conscience de leur identité, deviennent une palpitation de pâte de chair fondue, inventent d’autres galaxies du corps. Ces corps ne savent plus du tout de quels côtés de la surface se trouvent leur intérieur et leur extérieur. Qu’ils trouvent, en éloignant les limites de ce corps, la sensation à la fois d’une fuite dans l’infiniment grand et dans l’infiniment petit, un jaillissement, un éclatement, des mondes invisibles, les temps mêlés, l’énormité de tout ce qui vit sans explication logique.

► Monica Swinn: Un dernier point que vous auriez aimé aborder? Quelques mots pour conclure?

Elizabeth Prouvost: J’aimerais:
– Trouver l’essentiel, l’acte de création. Ce qui peut donner envie de continuer à vivre quoi qu’il en soit, susciter le gène de l’immortalité.
– Avoir encore envie de poser le regard sur quelque chose de puissant, de vivant, la métamorphose du monde à chaque instant.
Travail souverain de l’énigme, tous ces corps forment un peuple d’individus pouvant incarner une existence unique, Mon Existence.


– The End –
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UNE NUIT POUR FUKUSHIMA
«Nous sommes la forêt qui brûle»
d’Armand Gatti.

Coordination Bruno Boussagol.
Photographies projetées: Elizabeth Prouvost.
Musique: Yuko Oshima et Laurent Grappe.
Danse: Lilas Nagoya et Nicolas Fayol.

16 mars 2016, à la Maison de l’Arbre
9, rue François-Debergue, 93100 Montreuil.
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Quelques liens

Son site personnel

► ‘‘Je ne comprends pas les canons de beauté’’,
d’Elizabeth Prouvost (texte publié dans Libération).

► Le site sur lequel ressort son livre
‘‘Les Guenilles Edwarda’’