L’artiste en action.
Americaine du Nord.
 Interruption volontaire.
Les loups et la putain.
Mon lac des cygnes faisandé.
INTERVIEW


► Martin Edenik:  Bonjour, Lyzane! Des critiques d’art étiquettent votre peinture comme «néo-expressive»; des féministes vous revendiquent comme l’une des leurs, d’autres vous abominent. Vous reconnaissez-vous dans le regard que les unes et les autres portent sur vous?

► Lyzane Potvin:  Moi, je considère ma peinture comme une peinture romantique (au vrai sens du terme) ou, encore, une peinture passionnelle. C’est certain que l’émotion est au premier plan dans mon travail, à travers une certaine violence ou des sentiments forts et démesurés. Je suis une personne très émotive et cela se reflète évidemment dans ma peinture: on y ressent la vie à travers la chair, les os et la fragilité des corps meurtris. En ce qui concerne la vision des féministes ou même, tout simplement, de la femme par rapport à mon œuvre, je suis souvent surprise de leur réaction réfractaire et, pourtant, j’aurais cru au contraire que les différents mouvements féministes auraient l’esprit ouvert aux femmes et que, en 2012, ça se ressentirait beaucoup plus que ça.

► Martin Edenik: Vous avez beaucoup exposé, depuis 2005, parfois sur fond de polémique, comme au Sexodrome, à Pigalle. La polémique est-elle pour vous une manière de faire avancer les choses?

► Lyzane Potvin: Je ne cherche pas la polémique à tout prix. Elle vient souvent d’elle-même, car je ne me censure pas dans mes sujets ou les images que je veux exprimer. Cependant,  la censure étant un «art» pratiqué chez la plupart de nos concitoyens, ça crée automatiquement une polémique. D’ailleurs, j’aimerais vous raconter juste une petite anecdote concernant ma performance ‘‘Je suis une truie’’ au Sexodrome. J’avais été invitée à y exposer et y présenter ma performance mais, à la dernière minute, le directeur m’a informée que je ne pourrais plus faire cette performance, car elle était «à caractère zoophile» (allez comprendre !!!). J’ai trouvé ça assez drôle pour un sex-shop qui vend du sexe de toutes sortes sur cinq étages. C’était tellement risible et contradictoire que je n’ai pu m’empêcher de débarquer dans la soirée déguisée en truie afin de réaliser ma performance, et ce, sans leur accord. Donc, je crois que ma manière de faire avancer les choses dépend plus de mon orgueil, de mon entêtement et de ma haine de la stupidité que de la polémique.

► Martin Edenik: Vous confiiez, en 2005, que «vous n’étiez pas prête» et que  «vous ne le seriez jamais». Vous le pensez toujours? Et, si oui, quel est le critère qui vous permettrait de dire «je suis prête»? La fin de votre colère?

► Lyzane Potvin : Je ne suis toujours pas prête et je ne le serai sûrement jamais. Je suis en constante expérimentation ou évolution et je pense que ça me prendrait plusieurs vies pour aboutir à quelque chose; je dirais même que le plus intéressant pour moi c’est le chemin de l’exploration plutôt que le résultat final. Le travail devient un objet  mort, car dans le mouvement, une œuvre, elle, continue d’être en vie. Donc, le sentiment d’être prête, je le laisse aux artistes matures car, moi, je suis très immature et je trouve ça très bien comme ça!

► Martin Edenik: Ces femmes qui hantent vos toiles, qui vomissent et se mutilent, s’humilient parfois jusqu’à l’abjection, que nous disent-elles? Sont-elles vous ou bien n’êtes-vous que leur médium? Leur porte-parole chargé de nous exprimer leur souffrance?

► Lyzane Potvin: La douleur est un sujet que j’explore beaucoup à travers diverses scènes: êtres à fleur de peau remplis de hargne, d’humiliation, d’émotions refoulées, de violence latente, de folie passagère, de passion. Je me mets en scène en tant qu’outil, mais ces sentiments sont en moi quelque part, comme chez nous tous d’ailleurs;  je peux les sentir aussi très souvent à travers certaines personnes que je rencontre.  Ça ne m’intéresse pas de peindre des fleurs magnifiques ou des paysages qui font rêver;  ce qui m’intéresse c’est le côté sombre de l’homme et la souffrance qui en découle. Un paysage c’est beau, on est tous d’accord, mais alors quoi dire de plus? Mais l’Humain n’est pas que rose, et c’est ça que je tente de décortiquer et qui me touche profondément.
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► Martin Edenik:  Selon vous, les femmes finiront-elles par occuper toute la place qui leur est due?

► Lyzane Potvin: Je l’espère bien, mais parfois je suis sceptique, je sens même une légère régression quand on pense à toutes les barrières qui ont été soulevées.

► Martin Edenik: Comment résumeriez-vous vos cinq dernières années?

► Lyzane Potvin: Il y a eu beaucoup de mouvement, je suis venue m’installer au Québec pour y peindre avec plus d’espace et de calme, car Paris m’était devenu épuisant et la difficulté de travailler était présente. J’ai fait des expositions intéressantes et des résidences; des lancements de catalogues découlent de tout ça. C’est un métier difficile rempli de hauts et de bas, alors il faut souvent savoir prendre son souffle, du recul pour mieux faire le point. J’ai trouvé mon équilibre pour le moment en travaillant ici et en exposant à Paris. Il faut s’accrocher de toutes ses forces au bateau car, parfois, le vent souffle plutôt fort par moment et ensuite la mer s’apaise.

► Martin Edenik: Parmi les artistes que vous avez rencontrés, ou avec lesquels vous avez exposé, y en a-t-il qui vous ont particulièrement intéressée?

► Lyzane Potvin: Avec la galerie Trafic (galerie qui me représente à Paris), j’ai rencontré différents artistes intéressants, tels Stéphane Pencréac’h ou Christine Guinamand. J’ai aussi découvert le travail d’Olivier de Sagazan, que je trouve superbe.

► Martin Edenik: Comment voyez-vous votre proche futur? Préparez-vous de nouvelles expositions?

► Lyzane Potvin: Je fais une grosse exposition à Paris, qui aura lieu du 22 septembre au 22 octobre, avec le commissaire d’exposition, M. Jean-Michel Marchais. À cette occasion, un gros catalogue regroupant une partie de mon travail des dix dernières années sera lancé. Et, au Québec, M. Yves Martel  (un documentariste)  commence le tournage d’un documentaire sur mon travail artistique, avec des interviews, des images représentant des périodes de création en atelier et des dialogues avec des artistes d’autres disciplines, comme Mme Marie-Sissi Labrèche (écrivaine). Ce sera un automne mouvementé, mais toutes ces aventures, pour moi, c’est aussi très enrichissant et dynamique. Ça me nourrit!

► Martin Edenik: Votre message pour Dieu?

► Lyzane Potvin: DIEU ??? Amène l’apéro, car il est temps que l’on parle sérieusement!!!

► Martin Edenik: Y a-t-il une question qu’aucun interviewer ne vous a jamais posée, mais à laquelle, pourtant, vous adoreriez répondre?

► Lyzane Potvin: Quel projet à long terme souhaiteriez-vous réaliser? Et ma réponse: J’aimerais réaliser un long métrage, dans quelques années, où mon univers serait représenté; ça fait très longtemps que j’en ai envie. En attendant, je reste une cinéphile passionnée, et ça calme mes ardeurs. Mais je compte bien tenter l’aventure.



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LYZANE POTVIN


Sept années après mon premier contact avec la très talentueuse Québécoise, force est de constater qu’elle n’a rien perdu de sa colère. Chacune de ses peintures est un cri de révolte, une protestation contre une injustice dont chacun de nous est plus ou moins le complice. Ses tableaux restent des miroirs dans lesquels les hommes peuvent voir ce que peut faire leur violence sur des femmes. En ce sens, l’œuvre de Lyzane Potvin est salutaire. Quant à son art, il a atteint sa plénitude (mais Lyzane réfuterait sans doute cet avis...).
Interview : Martin Edenik (2012)
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Sous les toiles.
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