LYZANE POTVIN
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« Mon corps est un outil
où je projette des images »


Des femmes se convulsent et se débattent, prises au piège du monde. Leur regard semble nous chercher, nous prendre à témoin, nous mettre au défi de réagir. Mais jamais elles n’implorent. Ces femmes-là sont des résistantes, et Lyzane Potvin, à travers sa peinture, sait admirablement nous faire ‘‘entendre leur hurlement’’.


Interview: Martin Edenik (2016)
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► Martin Edenik: Bonjour, Lyzane! Depuis notre premier entretien (en 2005, pour le webzine ‘‘Aliens Café’’), estimez-vous avoir évolué en tant qu’artiste? Diriez-vous que vos sources d’inspiration restent toujours une certaine colère, la révolte que suscite en vous, par exemple, le sort fait aux femmes? L'injustice, en général?

► Lyzane Potvin: Je pense que, le temps passant, on ne peut faire autrement qu’évoluer. Il faut se salir les mains pour évoluer, il ne faut jamais arrêter de chercher, il faut s'égarer, changer de chemin, en découvrir d'autres. Je pense que c’est en avançant qu’on découvre de petits chemins de travers bien cachés dans les sous-bois, des petits chemins qui mènent vers des lieux secret, personnels et précieux. Je ne peux rester sur le même chemin, je dois prendre des risques! C'est important de se ‘‘casser la gueule’’, c’est même essentiel! Les sources d’inspirations que j’explore sont toujours bien ancrées en moi. La colère est un moteur chez moi et je le suis toujours autant et même plus. Comment ne pas l’être dans un monde comme le nôtre? Je pense que, seuls, les insensibles ne connaissent pas la colère et je ne les envie pas.
Je suis révoltée, je l’assume et je tente d’en faire quelque chose en images. La révolte est une façon de résister , ma ‘‘rébellion’’ est pacifiste mais tranchante.
Si je prends mes pinceaux ce n’est certainement pas pour parler du temps qu’il fait dehors, même si j’aime la pluie. Ce sont mes armes à moi.

► Martin Edenik: Quels ont été les événements (expos/performances...) qui ont marqué cette décennie et y avez-vous fait des rencontres importantes?

► Lyzane Potvin: J’ai beaucoup peint. Je n’ai pas fait de performances depuis ‘‘Ébauches d'une débauchée’’, à Paris. L’image d’une performance me vient en tête ou ne vient pas, je ne force pas les choses. J’ai continué de faire des expositions à Paris, avec Jean-Michel Marchais depuis, d’autres expositions collectives et j’ai aussi exposé ici, au Canada.
Le film réalisé par Yves Martel, ‘‘La Cafardeuse’’, est un documentaire qui est important pour moi.
C'est rare de pouvoir montrer l'envers d'une toile, ce qui se cache dans un processus de créations. Yves a été très sensible et ce film est très représentatif de mon travail.
J’ai fait de nouvelles belles rencontres d’artistes à Paris et ici, et c’est inspirant. Rober Racine est un artiste canadien que j’ai rencontré quand je me suis installée de nouveau ici, et c’est une rencontre importante pour moi du point de vue humain d'abord et artistique. Il a aussi écrit sur mes deux dernières séries ‘‘J'ai tué Ted Bundy’’ et ‘‘Mes abysses’’.

► Martin Edenik: Vous travaillez, depuis quelque temps, sur des toiles monumentales. Ces nouveaux formats vous permettent-ils de mieux vous exprimer? Sont-ils mieux adaptés aux thèmes que traitez actuellement? (La Guerre, notamment).

► Lyzane Potvin: Je m’amuse tellement sur de grands formats! Quand j’aurai l’occasion, je ferai des toiles de plusieurs mètres de longueur, je rêve de peindre avec une échelle et de devoir monter et descendre pour faire des toiles six fois plus grandes que nous, des toiles qui pourraient  presque nous absorber. Je suis l’inverse du moine, j’ai besoin d’espace et je me sens heureuse quand je fais gicler la peinture sur de grands espaces. Je crois que j’ai beaucoup d’énergie et que je dois absolument évacuer... Parfois je m’épuise moi-même (ouf!). J’ai besoin d’avoir une rencontre physique, de me battre presque en duel avec le tableau. Je dois me confronter avec lui, je dois danser avec lui, je dois m’oublier à travers lui pour en faire ressurgir l’essentiel.
Dans ma série en cours ‘‘MesS Abysses’’, je prends vraiment mon pied C’est peut-être cela que je prends de plus en plus avec le temps: du plaisir. Encore plus qu’avant. Je crois que la violence des thèmes dont je choisis de parler s’exprime bien dans une certaine ‘‘explosion’’. En tout cas, moi, je m’éclate totalement dans ce genre d’ouragan.

► Martin Edenik: Plusieurs de vos performances ont pu parfois donner l’impression que vous étiez alors dans une période d’autodestruction. était-ce bien le cas? Ou bien s’agissait-il d’allégories destinées à dénoncer, à vous insurger?
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INTERVIEW
► Lyzane Potvin: Bien que je me serve de moi comme d’un outil dans mes toiles, mon travail n’est pas purement autobiographique. Il y a beaucoup de moi, bien sur, mais quand je parle de l’auto- destruction, par exemple, c’est plutôt une dénonciation, un cri pour ceux qui n’ont pas ou plus de voix. Quand je suis arrivée à Paris, j’ai travaillé quelques années au Samu social (Centre d’Urgence de nuit pour sans domicile fixe) et, bien que ma colère ait était déjà présente, j’ai vécu là une expérience que chaque humain devrait vivre avant de mourir. Je les ai lavés, soignés, nourris, aimés aussi. J’ai vu leurs yeux briller comme ceux des enfants lorsqu’on leur rendait leur dignité après un bain chaud. J’ai vu leur fragilité, j’ai vu leur vulnérabilité, j’ai vu l’humain au sens profond du terme. J’ai aussi vu l’humain au sens sombre du terme. J’ai appris sur ce monde souterrain qui existe pourtant vis-à-vis de nous, mais comme dans un monde parallèle. La fragilité humaine comme une claque en plein visage. Cet élément déclencheur n’a fait qu’animer cette colère tellement présente déjà, et j’ai su à ce moment-là ce qui continue de me faire vibrer aujourd’hui, ce qui continue de me faire peindre.

► Martin Edenik: Si vous deviez agréger, dans un mouvement artistique dont vous seriez l’initiatrice, des artistes avec lesquels vous vous sentez en phase, comment appelleriez-vous un tel courant? Et quels sont les artistes que vous inviteriez à vous rejoindre?

► Lyzane Potvin: J’aimerais être l’initiatrice d’un mouvement d’artistes femmes qui n’ont pas peur, qui parlent haut et fort  et envers et contre tous. Des femmes de tous les domaines artistiques possibles.
On dira ce qu’on voudra, c’est encore très difficile de peindre des thèmes durs et noirs en tant que femmes artistes. Nous sommes la plupart du temps vues comme des névrosées, et ça ne change pas vraiment avec les années, je crois même que, par moments, ça régresse.
Je crois que la société n’est toujours pas prête à entendre la colère des femmes et cette part noire de l’humanité exprimée et dénoncée par l’une d’elles.

► Martin Edenik: Difficile de ne pas voir en vous une artiste engagée. Mais peut-on dire que vous êtes une artiste féministe? Ou bien refusez-vous une telle  étiquette, parce que trop réductrice?

► Lyzane Potvin: Je peux dire aujourd’hui que je me considère féministe, mais plutôt une néo-féministe. De celles qui s’engagent, mais loin du féminisme archaïque qui met des bâtons dans les roues à l’avancement et l’épanouissement de la femme actuelle en croyant l’aider. Je ne veux pas d’étiquette, ça c’est clair! Je ne suis pas un vulgaire pot de ‘‘beurre de peanut’’ (lol). J’ose espérer que ma substance est plus complexe et je ne veux surtout pas savoir tout de suite ma date d’expiration ( ouf!). Je suis une femme qui tend vers la liberté, et c’est certain que ça transparait dans mes toiles.


SUITE DE L’INTERVIEW  ►►►
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Lyzane Potvin – ‘‘Feu III’’
Lyzane Potvin – ‘‘Perte des os’’
Lyzane Potvin – ‘‘L’abîme des fauves’’
Lyzane Potvin – ‘‘Avec chalumeau’’
Lyzane Potvin – ‘‘La Pute et la Mort’’
Lyzane Potvin – ‘‘Round’’
Lyzane Potvin – ‘‘Poker’’
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Lyzane Potvin
‘‘Femme et ours’’
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