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© Nath-Sakura
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Nath SAKURA
Renaissance


J’ai fait la connaissance de Nath-Sakura en avril 2006. Je venais de découvrir son travail photographique avec fascination et avais sollicité de l’interviewer, ce qu’elle m’a accordé avec une grande gentillesse. Avouons-le, cet entretien a été pour moi un choc: Nathalie s’y livrait avec une totale sincérité – condition «sine qua non», selon moi, pour percevoir la complexité de ce qui l’agit: la recherche, à travers les plus jolies modèles, de sa propre féminité. La personne que je découvris ce jour-là «explosait» le cadre tracé par la plupart de ceux «qui glosent sur les artistes», ceux qui l’avaient réduite à l’étiquette «fetish et glamour»... Une précision: je tutoie rarement les artistes que j’interviewe. Nath fait partie des quelques-uns que j’ai fini par considérer, au bout de quelques années, comme de «vieux» amis.
Interview : Martin Edenik (2013)
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INTERVIEW



► Martin Edenik: Bonjour, Nathalie ! Souhaites- tu réagir à ce texte de présentation?

► Nath-Sakura: Bonjour, Martin! Ton texte de présentation ouvre, en effet, toute la problématique et tout le champ des interprétations possibles. D’abord, parce que ma démarche est contradictoire. Mes photos donnent à voir l’inverse de ce qu’elles racontent. Raison pour laquelle on me range souvent dans le fetish, le glamour ou la mode, alors que j’y parle de tout autre chose. De souffrance, de renaissance tragique et de difficulté à être. Qu’on m’écoute: la beauté des modèles, les univers glamour dans lesquels elles évoluent, tout cela n’a que pour but de capter le regard. Et d’amener le spectateur à s’interroger. Pourquoi suis-je soudain si mal à l’aise alors que je regarde cette photographie qui devrait me rendre heureuse? Où est la fracture? Le but est de conduire le visiteur hors des deux dimensions de la photos. Montrer que nos yeux, ou nos préjugés graphiques, nous trompent. Pour ce faire, j’utilise la clef d’un titre, qui présente souvent l’énigme de la photo, et je laisse ici et là, dans mes livres ou dans le Net, des petits cailloux.

► Martin Edenik: Tu as beaucoup exposé, et publié, depuis ce fameux mois d’avril 2006. Quels ont été tes événements les plus importants?

► Nath-Sakura: En réalité, j’ai été soumise à la pression de mon entourage. A leur demande, j’ai réalisé une foule d’expositions, ici et là. énormément de travail et de temps pour essayer de me rendre disponible aux visiteurs, alors que je suis notoirement asociale. Dans cet intervalle, j’ai donc publié trois livres : ‘‘Pervy Obsessions’’, ‘‘1 femme, 2 hommes, 3 regards’’ et mon petit dernier, ‘‘Fatales’’, aux côtés d’une talentueuse infographe, Clair-Obscur. Ce dernier livre est d’ailleurs toujours disponible dans le réseau FNAC et sur ma boutique online. J’ai aussi été au centre d’une quarantaine d’expositions, ici et là. Certaines ont été palpitantes, comme au Museaav de Nice, qui m’a offert 1000 mètres carrés d’exposition au cœur de la ville pour une très grande rétrospective l’année dernière. D’autres, plus frustrantes. Néanmoins, je reste convaincue que seule vaut la présentation publique sur un tirage réel. Les miens sont toujours de très grandes dimensions (2 mètres de haut) généralement sur canvas monté sur bois. C’est le seul moment où l’image est dans sa plénitude. Ainsi, chaque exposition, chaque livre demeure décisif pour moi, qui vit comme si je devais mourir demain. Mais ça reste une souffrance, un moment toujours inachevé, toujours en deça…

► Martin Edenik: Quels sont tes projets, à court et moyen termes?

► Nath-Sakura: Ma grande affaire de l’année, c’est mon nouveau studio. Je suis en train d’édifier, dans un mas d’environ 800 mètres carrés, situé tout près de Montpellier, un lieu, avec un studio de 150 mètres carrés, haut de 9 mètres, avec une salle d’exposition d’une centaine de mètres carrés, avec un jardin, une grande terrasse, un endroit de rêve...
Mon projet est d’y réunir tous ceux qui ont quelque chose à dire, qui créent, qui tentent de faire exploser les limites, pour m’accompagner dans des projets artistiques fous. En se libérant de la tutelle du marché de l’art, des escrocs et des profiteurs qui en peuplent les haut-fonds. Et, surtout, en sortant du «ronron» d’un monde de l’art qui s’ennuie. C’est dans cette perspective que j’ai lancé, avec ma petite SARL, une maison d’édition: les éditions Victoria. Pour éditer tous les photographes de talent qui n’ont pas accès au monde de l’édition.

► Martin Edenik: Il m’a semblé que la vidéo t’intéressait beaucoup... Tu confirmes?



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► Nath-Sakura: J’adore la vidéo… et le cinéma. Mais, hélas, les vidéos que nous réalisons, avec mon équipe, ne sont que des bluettes destinées à raconter les bachotages de nos séances photos. Rien qui puisse marquer l’histoire de l’art.

► Martin Edenik: Tu as beaucoup travaillé, récemment, avec de grands modèles que l’on revoit parfois au fil de tes séances photos. As-tu tendance à t’attacher à elles? Aimes-tu retrouver une modèle pour une deuxième, une troisième collaboration?

► Nath-Sakura: Bien sûr ! Pour un photographe, comme pour une modèle, il y a un échange de l’ordre de l’intime qui se produit au moment du déclenchement. Une espèce d’énergie, qui chatouille la moelle épinière et fait frissonner l’esprit. Et plus on renouvelle l’expérience avec la même personne, plus ces moments fugaces de plaisir sont au rendez-vous. évidemment, quand on partage ça, on s’attache, on construit des liens d’amitiés, de complicité. C’est la raison pour laquelle tu retrouves, au fil de mes nouvelles réalisations, régulièrement les mêmes filles, avec qui je trouve ce plaisir.

► Martin Edenik: Y a-t-il eu, ces dernières années, des associations particulièrement heureuses? As-tu fait de belles rencontres ?

► Nath-Sakura : Il n’y a eu que ça ! J’ignore d’où me vient cette chance mais, sans cesse, viennent à moi des personnes fabuleuses !!! J’ai d’ailleurs envie de citer les noms de mes équipiers, qui sont fantastiques : Tao, Rémy, Eddy, Rachel, Christophe, Nathalie. Par ailleurs, mon travail m’a rapprochée de stylistes dont j’ai toujours adoré le travail et pour qui je réalise actuellement énormément de photos : Patrice Catanzaro, Steve et Sarah Beech (Westward Bound). De photographes de génie, comme Sébastien Le Turc, avec lequel je prépare une bonne surprise pour la fin de l’année, ou Olivier Chauvignat, avec lequel je viens juste de passer une semaine pleine de découvertes. Sans compter ma redécouverte de Christophe Mourthé, qui m’a fait l’honneur de préfacer mon dernier livre. Il y a aussi Peter Kemp, Jean-Paul Gavard-Perret et une foule d’autres, qui ont illuminé ma vie au cours de l’année qui vient de s’écouler.

► Martin Edenik:  Te définis-tu toujours, en 2013, comme «une fille de contrebande»?

► Nath-Sakura: J’ignore si c’est une victoire sur moi, mais j’ai cessé de me définir. Je pense que j’ai été longtemps une «une fille de contrebande» pour m’excuser de ce que j’étais. Pour me justifier. Maintenant, je suis juste une femme de quarante ans, en paix avec elle-même.

► Martin Edenik: Que penses-tu du «mariage pour tous»?

► Nath-Sakura: La question ne se pose même pas. La Constitution détermine que tous les citoyens «naissent et demeurent libres et égaux en droit». Il s’ensuit que chacun devrait avoir le droit de se marier avec l’adulte qu’il veut.

► Martin Edenik: Qu’aimes-tu, en ce moment? Et que détestes-tu?

► Nath-Sakura: Ma liseuse. J’emporte avec moi, où que je sois sur la planète, des dizaines de milliers de livres. Sans supplément de bagages (j’ai horreur des bagages). Et je peux lire, lire, lire encore. Au final, si j’avais le choix, je ne ferais plus que cela. Quant à mes haines, ce sont toujours un peu les mêmes: les tièdes.

► Interzones: Ton message pour Dieu?

► Nath-Sakura: Qu’il me laisse le temps.

► Interzones: Quel sera ton mot de la fin?

► Nath-Sakura: On se retrouve pour une interview dans sept ans?


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