INTERVIEW


► Monica Swinn: Bonjour, Olivier de Rivaz! Votre peinture ne ressemble qu’à elle-même. Elle marie joyeusement la férocité avec la tendresse, la satire avec le fantastique, des éléments dont la cohabitation est loin d’être évidente. Le cocktail est étonnant. Je suppose que c’est le fruit d’un long travail?

► Olivier de Rivaz: L’humour est parfois une composante du fantastique. D’ailleurs la vie, dans sa cruauté, n’est pas exempte d’une certaine drôlerie. L’humour trouve donc naturellement sa place dans mes toiles qui évoquent, en toute sérénité, la mort. Les Anglais sont des maîtres dans cette alchimie, j’ai dû en attraper quelque chose par mes lectures. Quant à la tendresse, c’est une émotion qui nous éloigne de la barbarie, je suis content que vous l’ayez ressentie.

► Monica Swinn: Quels sont les peintres d’hier ou d’aujourd’hui qui vous impressionnent le plus? Vos possibles influences?

► Olivier de Rivaz: Pour faire court, mes influences vont du Quattrocento à Picasso. Mais j’aime particulièrement les peintres dont les œuvres reposent sur un «métier» dans le sens artisanal du terme. Aujourd’hui, nos élites (françaises) voudraient nous faire croire que la peinture n’a plus lieu d’exister. On a exposé jusqu’à des toiles vierges, des toiles retournées face au mur, puis des murs nus. Il faut maintenant se reconstruire. Et ça passe à la fois par la technique, et par le contenu.

► Monica Swinn: Et du côté de la bédé? Et du dessin de presse?

► Olivier de Rivaz: Pour ce qui est de reconstruire par le contenu, la bande dessinée apporte une solution, par sa liberté irrespectueuse des conventions. Elle reste néanmoins dans la filiation directe de la peinture classique. C’est à travers la B.D, l’affiche, l’illustration (jeunesse et adulte), que le classicisme a survécu. Tous les artistes aujourd’hui ont été nourris par les arts populaires. J’ai replongé tout récemment dans des illustrations des pulps, ces magazines américains imprimés sur du mauvais papier. C’est tout ce qui me faisait vibrer dans ma jeunesse, la Warren Publishing avec ‘‘Creepy’’ ou ‘‘Vampirella’’, les magazines de SF. Trente ans après, mon émerveillement reste intact devant ces images puissantes et somptueuses, époustouflantes de technique. Je me suis, à nouveau, retrouvé subjugué par Pyle, Wyeth ou Crumb. On appelle ça une claque. Le choc esthétique, c’est le pouvoir libérateur de l’Art. J’avais oublié que, gamin, c’était ça, mon moteur. Les belles images me donnaient envie de dessiner. Et puis les années ont passé, ma motivation s’est trouvée noyée dans tout un fatras intellectuel, dont ce principe premier que le «beau» est une notion puérile, dépassée. Ce choc récent a tout déblayé.

► Monica Swinn: Quelles sont vos sources d’inspiration? Qu’est-ce qui vous donne envie de peindre dans le monde actuel?

► Olivier de Rivaz: La neige de l’hiver 2009/2010 m’a emballé, j’ai fait des photos partout, et j’ai redécouvert ainsi ma région. Elle m’inspire. Notre campagne et nos villes possèdent un fort potentiel expressif, un caractère fantastique. Je retrouve l’ambiance des nouvelles de Jean Ray dans chacune de nos maisons, de nos
ruelles, de nos canaux. Les traces du passé sont propres à faire ressurgir le souvenir de ceux qui y ont vécu. Les fantômes ne sont pas loin. Ils sont prêts à nous accueillir dans leur monde.

► Monica Swinn: Dans votre site personnel, vous citez Bram Stoker, Sheridan le Fanu… La littérature fantastique est-elle (ou a-t-elle été) une passion chez vous? Si c’est le cas, quels sont vos auteurs préférés?

► Olivier de Rivaz: La collection des Marabout Fantastique a été une source inépuisable de mes lectures d’adolescence. On y trouvait une bonne partie de la littérature classique de langue anglaise – Lewis, Stoker, Le Fanu – et française – Balzac, Dumas, Soulié, Féval – et puis les Belges, avec Jean Ray, Thomas Owen. Owen, Ray ou Claude Seignolle, m’ont beaucoup marqué.
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La poésie de leurs écrits, je la retranscris dans ma peinture, dans un cadre normand. Aujourd’hui, les américains sont forts. Certains ouvrages de Stephen King sont réellement angoissants. Je pourrais citer aussi Fred Saberhagen pour son ‘‘Journal de Dracula’’. C’est la trame du roman de Bram Stoker, mais racontée par Dracula lui-même. Version quelque peu différente de l’original, vous vous en doutez. Au lecteur de faire la part des chose, et de séparer le vrai du faux. Je me passionne aussi pour l’Histoire et, ces derniers mois, pour les ouvrages de vulgarisation scientifique. Les découvertes récentes en biologie, neuropsychologie, paléoanthropologie, génétique, le Darwinisme actuel, répondent à de vieilles questions philosophiques qui, du coup, n’ont plus lieu d’être. Cela permet de faire du vide, et de mettre métaphysique, symbolisme et croyances, et toute une partie de la philosophie qui flirte avec la mystique à la poubelle. (Et vive Onfray et sa ‘‘Contre-Histoire de la philosophie’’!).

► Monica Swinn: Vos vampires n’ont pas grand-chose à voir avec les monstres de cinéma. Leur étrangeté fascine avec douceur. D’où vous vient cette sorte de sympathie pour ces créatures aux mœurs alimentaires quand même assez peu recommandables?

► Olivier de Rivaz: Je conçois le vampire comme un chat haret, ce chat domestiqué puis retourné à l’état sauvage. Il chasse pour se nourrir, il se cache, mais il n’a pas complètement peur de l’homme. Il a été imprégné. Mes femmes vampires sont plutôt atypiques, rondes, mignonnettes. Elles sont séduisantes, mais pas séductrices. Je veux échapper au cliché de la maîtresse en cuissardes, ou de la vénéneuse romantique. Quant aux mœurs alimentaires du vampire, qui n’a pas mangé un morceau de boudin peut les condamner.

► Monica Swinn: Vos œuvres foisonnent de détails savoureux, un peu comme les livres racontent des histoires. Vous a-t-on déjà proposé d’illustrer des bouquins?

► Olivier de Rivaz: J’ai travaillé pendant quelques années pour une revue professionnelle (dans le domaine de la boulangerie-pâtisserie). J’ai aimé surmonter la contrainte du sujet imposé, d’autant qu’on me laissait une totale liberté. Aujourd’hui, mes toiles ont rejoint mon panthéon secret, au milieu des affiches de la Hammer et des couvertures de Fleuve Noir Angoisse, dans un très intéressant et complet ouvrage : ‘‘Vampires, une histoire sanglante’’, d’Élisabeth Campos et Richard Nolane, aux éditions des Moutons Électriques.

► Monica Swinn: Êtes-vous tenté par l’art numérique?

► Olivier de Rivaz: Non, l’ordinateur me sert à mémoriser et à stocker, à présenter mon travail. J’aime beaucoup retoucher, optimiser les images. Le travail de mise en forme avec le texte m’intéresse, mais le dessin sur toile ou papier reste la base de mon métier.  

► Monica Swinn: Par l’écriture, peut-être?

► Olivier de Rivaz: Le texte accompagne désormais une autre facette de ma peinture, celle qui traite de thèmes de société (consommation, fanatisme, télévision). C’est une partie de mon travail engagée dans le réel. Là encore, la bande dessinée a influencé ma démarche, sauf que c’est le texte qui sert d’illustration à l’image. Parfois même, quand il précède le dessin, il nourrit la création de l’image. Peaufiner les mots, ciseler les phrases, j’y ai pris goût sous forme de petits poèmes accompagnateurs de chaque tableau.

► Monica Swinn: Et, pour finir, y a-t-il une question que vous auriez aimé que je vous pose? Et si c’est le cas, quelle en est la réponse?

► Olivier de Rivaz: Une question qui me permettrait de répondre que, dans la réalité, ce n’est pas aux canines qu’on reconnaît les vampires...


– The End –

Retrouver Olivier de Rivaz dans sa page Facebook.
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OLIVIER DE RIVAZ

Rondes de nuit

Artiste nourri d’influences multiples, des peintres du Quattrocento aux productions de la Warren Publishing en passant par Picasso, Bram Stoker et Sheridan le Fanu, Olivier de Rivaz nous offre une œuvre jubilatoire et poétique qui nous a emballés.
Interview : Monica Swinn (2014)
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Olivier de Rivaz vit dans la région
de L’Aigle (Orne).
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