Rtistjono
Des mondes sans fin


Les dessins de Rtistjono ne se regardent pas, ils se visitent. Mais, attention! On est vite aspiré par ce labyrinthe. C’est un univers pluridimensionnel. Un univers qui semble contenir toutes les civilisations et toutes les époques, brasser l’imaginaire de toute l’Humanité. Un univers en expansion où chaque espace, chaque monde en génère un autre. Mais le plus étonnant, c’est l’harmonie qui règne sur tout cela. Seul un magicien peut réussir ce prodige. Ou alors, un très grand artiste.

Interview et traduction: Monica Swinn
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 Samurai Dragon – © Rtistjono
 Totem – © Rtistjono
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The Artist.

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INTERVIEW


► Monica Swinn:  Bonjour, Rtistjono! Vos œuvres donnent l’impression que vous êtes né avec un crayon à la main… Vous souvenez-vous de vos premières émotions artistiques? De vos premiers pas dans le dessin?

► Rtistjono: Je n’ai pas le moindre souvenir d’une époque où l’art n’aurait pas fait partie de mon identité. D’après ma mère, j’étais un enfant qui n’arrêtait pas de dessiner, mais au lieu de représenter des dinosaures ou des super héros comme on aurait pu s’y attendre d’un petit garçon, je préférais dessiner des choses plus particulières, comme des vieux bonshommes, hirsutes et gras, en train de boire de l’alcool ou de fumer du tabac. Ce qui perturbait ma mère…Ni elle ni mon père ne se comportaient ainsi. Elle s’inquiétait de l’origine de ces images, persuadée que je dessinais des scènes qui s’étaient déroulées sous mes yeux quelque part, au dehors de chez nous..

► Monica Swinn: Vous avez fait des études d’art à l’université de Richmond. Pouvez-nous nous en dire un peu plus sur la formation que vous y avez reçue?

► Rtistjono: Quand j’ai commencé mes études, j’avais quasiment abandonné mon rêve d’être artiste. Je dessinais toujours régulièrement, mais rien de très important : j’avais le sentiment qu’il fallait que je me concentre sur des objectifs plus sérieux. Je devais mon entrée à l’Université à une bourse obtenue pour y faire du football, une activité qui me prenait presque tout mon temps libre. Quand j’avais la chance de pouvoir dessiner, c’étaient des paquets d’images qui jaillissaient de moi, des images de toutes sortes sans rapport apparent entre elles, que je «vomissais» dans des compositions qui ressemblaient à des collages. Parmi les cours qu’on pouvait choisir, j’avais opté pour deux ou trois classes d’art, un moyen simple à mes yeux de faire grimper facilement la moyenne générale de mes résultats. Très rapidement, j’ai compris que ces matières-là étaient les seules qui m’intéressaient vraiment. J’ai donc décidé de revenir à ma passion première, en cessant de tenir compte de tout ce qui avait pu m’en détourner un moment. Bien que l’Université de Richmond ne soit pas considérée comme une école d’art traditionnelle, le temps que j’y ai passé m’a apporté des choses inestimables dans ma vie d’artiste. C’est là que j’ai appris l’importance de l’Art, ses relations avec la société, l’environnement, le passé et le futur de la civilisation.
 
► Monica Swinn: Quels sont les artistes (d’hier ou d’aujourd’hui) qui vous ont le plus impressionné? Ceux qui ont le plus compté dans votre cheminement personnel?

► Rtistjono: Je sais que c’est une sorte de cliché chez beaucoup d’artistes, mais je me souviens parfaitement de la première fois que j’ai vu des tableaux de Picasso, quand j’étais petit. Tout de suite, j’ai été attiré par son style. Sa manière de jouer avec la forme et la composition me parlait à un niveau viscéral. Je pense que sa peinture a été l’une des premières choses qui m’ont poussé à explorer librement des formes peu conformes à celles de l’art traditionnel. Un autre artiste a beaucoup compté dans mon parcours: il s’agit de M.C. Escher. Son œuvre est d’une complexité qui vous prend la tête, une qualité qui me ravit totalement: j’adore l’idée que celui qui regarde un dessin puisse se perdre dedans et se sente submergé par l’abondance, la richesse des figures.
 
► Monica Swinn: La richesse de votre univers graphique est hallucinante. Du Japon aux Indiens d’Amérique, en passant par la Chine, le Tibet, les Mayas, votre travail est un incroyable voyage à travers les cultures et les époques. Un kaléiodoscope où la mythologie côtoie des personnages de bande dessinée. Pouvez-nous vous parler de cet aspect de votre œuvre?

► Rtistjono: L’Art d’avant la Renaissance, l’Antiquité en particulier, m’intéresse énormément. Très sensible au symbolisme profond qui se dégage dans ces œuvres, j’en suis venu à me dire qu’il s’exprimait essentiellement de la même façon que ce qu’on voit dans la bédé aujourd’hui : par des séries d’images fixes qui racontent une histoire. A partir de là, il m’a semblé tout naturel d’incorporer de telles images fortement chargées dans mes dessins, afin d’enrichir l’aspect narratif de mon travail.

► Monica Swinn: Vous semblez très bien connaître tout ce grand imaginaire universel. Travaillez-vous de mémoire ou avez-vous besoin de documentation ? Où puisez-vous votre inspiration? Comment la nourrissez-vous?

► Rtistjono: Je viens d’un milieu multiculturel et j’ai eu la chance de voir d’autres parties du monde quand j’étais petit. Des rencontres précoces, l’immersion dans un pays étranger dont je ne parlais pas la langue, dont la culture ne m’était accessible que par les images, tout cela a été très fécond pour mon inspiration. Ces souvenirs constituent la base de mon langage visuel, et chacune de mes nouvelles expériences, chacune de mes créations viennent l’enrichir.

► Monica Swinn: Des dessins aussi complexes que vôtres ne se font pas en un jour. Cela doit vous prendre beaucoup de temps?

► Rtistjono: C’est très variable, cela peut aller de quelques semaines à plusieurs mois, tout dépend de la taille du dessin et de la clarté initiale de mon idée principale. Disons que je passe à peu près autant de temps en recherches sur Internet, que pour mettre vraiment mes idées sur le papier, et c’est, je pense, une part importante de mon processus artistique.
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► Monica Swinn: Vous dessinez à la plume et à l’encre, main levée, ce qui demande une grande concentration. Comment l’obtenez-vous?

► Rtistjono: J’aime travailler tard dans la nuit, jusqu’au matin. Je ne sais pas si c’est à cause de la tranquillité générale qui règne dans ces heures-là, ou parce que c’est une période pendant laquelle le cerveau a l’habitude de se mettre dans un état de rêve, mais c’est comme ça que j’obtiens les meilleurs résultats. Je commence par me préparer un grand pot de café pour qu’il me fasse toute la nuit, je me branche sur mon Ipod où j’ai stocké toutes sortes de musique, et, graduellement, je trouve mon flux.

► Monica Swinn: Votre travail, au-delà de sa puissante originalité, éveille irrésistiblement en moi des souvenirs de mandalas. Votre expression artistique n’aurait-elle pas quelque chose de commun avec la méditation?

► Rtistjono: Si. Un jour, en faisant des recherches pour un grand dessin en cours, je suis tombé sur toute une littérature à propos des mandalas... Leur histoire et leur usage dans la culture tibétaine m’ont beaucoup intrigué. Jusque-là, je n’avais jamais envisagé mon art comme une forme de méditation, mais plus j’y pensais, plus l’idée me semblait tenir la route. Dessiner a toujours été pour moi une activité cathartique, un moyen de détente pour mon esprit, qui me permet en même temps de réfléchir à ce qui se produit dans ma vie. Il m’est souvent arrivé d’être au milieu d’un dessin, occupé à remplir un large espace avec un dessin extrêmement détaillé et compliqué, et, tout à coup, de lever la tête, et de me rendre compte que des heures avaient passé sans marquer ma conscience.
Je pense que quand quelqu’un trouve sa vraie passion, quelle qu’elle soit, et qu’il apprend à l’exprimer d’une façon significative, unique, qui lui est propre, il atteindra toujours cette qualité méditative. C’est dans ces moment-là que nous nous sentons le plus connectés à ce qui nous entoure et abandonnons notre conscience de nous-mêmes à quelque chose de plus fort.

► Monica Swinn: Que pensez-vous de l’infographie, de la création numérique? Pourquoi préférez-vous utiliser une méthode traditionnelle?

► Rtistjono: Cela ne m’arrive pas souvent d’utiliser la création numérique. A l’école, je m’en servais énormément parce que j’aimais beaucoup le contrôle que cela procure sur l’image finale, mais aujourd’hui je me rends compte que c’était un obstacle à l’éclosion de mon propre style. Ne vous méprenez pas, je ne discrédite pas les artistes qui préfère le numérique, j’ai vu des choses époustouflantes, et il faut beaucoup de talent et de connaissances pour les obtenir, mais, pour ma part, je sais qu’un tel degré de contrôle m’empêcherait de commettre les erreurs dont j’ai besoin pour progresser. En outre, je n’aimais pas devoir imprimer mes images lorsqu’elles étaient finies. Pour moi, c’était comme sortir un poisson hors de l’eau pour essayer d'admirer sa beauté. Les couleurs vibrantes et lumineuses que je voyais dans la forte clarté de mon écran étaient devenues ternes et ennuyeuses sur le papier. Travailler à l’encre est ce qui convient le mieux à mon style. Cela me donne plus de souplesse dans l’expression, plus d’exactitude dans les détails et les motifs qui me plaisent dans mon travail.

► Monica Swinn: L’Art mis à part, qu’est-ce qui vous intéresse le plus dans la vie?  Avez-vous d’autres plaisirs, d’autres passions? Des choses que vous adorez? Des trucs que vous détestez ?

► Rtistjono: Quand je ne travaille pas, mon grand plaisir est de passer du temps en famille et, en particulier, d’apprendre ce que c’est que d’être le père d’une petite fille de quatre mois. Il y a peu de choses que je déteste, j’essaie de trouver du plaisir à tous les aspects de ce que je fais. Quand je rencontre une situation ou des idées qui pourraient éveiller ma haine, j’essaie de transformer ma réaction initiale en une occasion d’apprendre quelque chose qui sera bénéfique à ma vie d’artiste et d’adulte.

► Monica Swinn: Vous êtes encore très jeune (né en 1988)... Vous devez avoir des tas de projets, d’espoirs, de rêves. Qu’est-ce que vous désirez le plus pour vous-même ? Et pour le monde ?

► Rtistjono: J’aimerais avoir assez de succès pour pouvoir remercier ma famille et tous ceux qui m’ont aidé dans mon parcours, afin qu’ils sachent à quel point leur confiance m’a aidé. J’espère pouvoir toujours dire que je suis resté fidèle à moi-même, que j’ai suivi mes rêves d’enfants, que je les ai réalisés... Et, surtout, j’espère partager ma passion pour l’art avec d’autres, aujourd’hui et dans le futur, pour que ceux qui se sentent faits pour quelque chose chassent les problèmes ou les peurs qui les paralysent et aillent de l’avant...
 
► Monica Swinn: Autre chose que vous aimeriez dire pour terminer cette interview?

► Rtistjono: Je voudrais vous remercier pour votre intérêt pour mon travail et j’espère que nos chemins auront l’occasion de se croiser à nouveau dans le futur... 



– The End –

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