INTERVIEW



► Martin Edenik: Bonjour, Valérie! Lors de notre entretien préliminaire, vous avez répondu, à une question qui concernait votre travail de recherche picturale: «Il est difficile de dessiner un sentiment par des formes déterminées puisqu’il est sans substance, immatériel et impalpable.» Cette recherche est-elle l’origine de votre travail?

► Valérie Sorel: Depuis toujours, j’ai reçu une multitude d’impressions, de sentiments et d’envies de communiquer qui se mélangeaient dans ma tête et dans mon cœur.  Mais il était difficile de les organiser ! Appartenant à la famille des «dys»... quelque chose (dyslexie, dyspraxie...), je n’arrivais pas à appréhender les outils du langage. Par contre, je sentais bien qu’une autre forme de communication s’installait en moi, et je ressentais le besoin de développer ces nouveaux outils. Donc, oui, cette recherche a toujours existé et continue encore!


► Martin Edenik: Certaines de vos œuvres sont subdivisées en cases, organisées en damier. Pourquoi une telle structure?

► Valérie Sorel: La découverte du damier en tant que représentation sémantique, fut une révélation. Primo: Le carré est neutre et, par conséquent, ne doit pas influencer ce qu’il contient. Secundo: Son organisation, uniforme, conserve également cette neutralité. Tertio: Un autre code, d’un point de vue toujours sémantique: le damier se réfère à la notion de jeu. Élément très important également dans ma démarche! Le monde ne me comprend pas, mais j’arrive tout de même à avancer ! Dans ma tête, tout avance à 100000 à l’heure. Alors je vais jouer avec lui! Tantôt, je cache, tantôt je montre / Tantôt, je vais avancer en harmonie avec lui, tantôt, je vais m’opposer à lui ! Les effets des couleurs sont très importants comme outils, dans ce domaine ! Elle me permet (cette structure) de zoomer sur certaines cases... Dans l’évolution de mes recherches, un besoin de faire évoluer la structure rigide s’est fait ressentir. La structure du damier et devenue un corps organiquement structuré, où chaque organe possède sa propre fonction. Il devient possible de donner forme à la vision intérieure. La difficulté a été de décider, avant de laisser libre l’expression de ma vision face au monde extérieur, de lui imposer une forme préétablie, avant même que celle-ci ait existé. Cette structure doit anticiper sur le résultat final. Puis la structure géométrique s’effacera peu à peu dans un besoin de cacher moins et de laisser s’exprimer plus librement mon monde émotionnel.

► Martin Edenik: Dans certaines de vos toiles, en effet, l’impression de structure est moins évidente...

► Valérie Sorel: Oui, c’est exact! Les parties uniformes représentent le monde extérieur. Je l’appelle le Mur! Puis cela deviendra les ruines (traces d’un vécu). Régulièrement, j’ai ressenti le besoin de faire disparaître ce monde contraignant pour laisser vagabonder ma pensée.

► Martin Edenik: Mais, dans des œuvres postérieures à cette période, les cases du damier ont réapparu...

► Valérie Sorel: Que nous le voulions ou pas, la vie réelle nous rattrape toujours!  Ces cases ont réapparu sous deux formes différentes. 1° des fenêtres s’ouvrent, symbolisant l’espace temporel qui ne peut trouver de limite. 2° des cases mosaïques symbolisent les traces du passé qui restent indélébiles: ruines des vestiges qui traversent les époques et prouvent leur existence... Ces deux mondes vont se côtoyer, parfois en s’accompagnant, parfois en s’opposant.
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Autobiographie express de l’artiste


Née à Cherbourg, dans une famille qui  avait la bougeotte et passait son temps à changer de région, j’ai été prédestinée à intégrer les notions de voyage et d’adaptation. Notions que je n’ai pas toujours appréciées! Cherbourg-Octeville, Rouen, Nîmes, Île de la Réunion, Lyon, Paris...

J’ai commencé à fréquenter l’école des Beaux Arts dès l’enfance, (à dix ans, cours du mercredi aux Beaux Arts de Rouen), puis adolescente (cours du soir, à Nîmes). Mais c’est en arrivant à la Réunion à l’âge de quinze ans que j’ai réalisé que la peinture était vraiment un moyen d’expression et de communication. Explosion de couleurs, de cultures différentes et de liberté ont accompagné la poursuite de mon cheminement artistique. Pendant cinq ans, c’est au côté d’un peintre, Brigitte Buscail, que j’ai découvert toutes les techniques picturales. Encore maintenant, je sais que c’est à elle que je dois tout.

A vingt ans, je rentre en métropole et intègre les Beaux Arts de Lyon. Mais, là: paumée! Plus de couleurs!!! Tout le monde peint en noir, blanc, rouge et gris.  Je découvre l’Art conceptuel, qui m’interroge fortement, mais auquel je ne comprends rien! Pendant un an, j’ai le sentiment d’être spectatrice dans un monde  qui n’est vraiment pas le mien.

L’année suivante, je quitte, bien sûr, les Beaux Arts et entre en classe de prépa à l’Enset en Arts appliqués. Formation: deux ans. Cela m’intéresse très moyennement, mais a l’avantage de me nourrir d’histoire de l’Art et de théorie  sur un rythme intensif. Ensuite je monte à Paris, où je m’inscris à la faculté Saint-Charles. J’y resterai jusqu’à l’obtention de ma maîtrise d’esthétique de l’Art.

J’entrerai par la suite dans l’enseignement où, pendant des années, j’essaierai de partager avec les enfants mon savoir et eux, en retour, nourriront mon imaginaire et m’offriront dans leur spontanéité leur façon d’aborder le monde et un retour vers l’entrée première du langage graphique et visuel.
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L’artiste
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 Tulipes – © Valérie Sorel

 Damier – © Valérie Sorel

 Combat – © Valérie Sorel

 Fenêtre – © Valérie Sorel

 V-008 – © Valérie Sorel
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 « Un jour, je me suis retrouvée soulevée de terre, par les épaules, par un grand bonhomme (Jean-Pierre Raynaud, spécialiste du carrelage blanc et des pots de fleurs), et transportée en bibliothèque, où le monsieur m’a mis une grande pile de livres sous le nez et m’a signifié que j’aurai « le droit de l’ouvrir à nouveau quand j’aurai avalé tout cela ». J’ai appris, beaucoup plus tard, qui il était réellement... »

(Valérie Sorel).

Retrouver Valérie Sorel dans sa page Facebook.
«Le besoin créatif  est une méditation  intérieure
reflétant une prise de conscience de ses perceptions,
de ses sentiments et de ses sensations...»

(Valérie Sorel)
► Martin Edenik: Quels artistes aimez-vous?

► Valérie Sorel: Van Gogh, Matisse, Hunderwasser, Marcel Duchamp, puis la découverte de tous les artistes de la nouvelle figuration: Armand, Spoerri, Tinguely et, enfin, l’Art brut, avec Dubuffet, en qui je me suis un peu reconnue dans la démarche!  J’adore sa période texturiologie et matériologie! Ce qui n’existe pas, il l’invente et en fait une démarche scientifique sérieuse! Il est aussi anti-institution et prône l’autodidacte.

► Martin Edenik: Comment se passent vos journées de création? Avez-vous vos rituels, des manies?

► Valérie Sorel: Je dors beaucoup le jour, afin d’organiser mes pensées! Puis, à partir de 18 heures, la cafetière fonctionne non stop jusqu’à 4 heures du mat!

► Martin Edenik: Deux choses que vous adorez? Et leurs contraires?

► Valérie Sorel: Cuisiner en inventant suivant les contenus du frigo! Aller à la pêche en mer. Leurs contraires: faire la vaisselle et le ménage! Me lever à 7 heures pour aller gagner de l’argent.

► Martin Edenik: Avez-vous des projets d’expositions?

► Valérie Sorel: Actuellement, je suis dans une période où j’ai plutôt besoin de faire le vide. Bien sûr, je vais participer au Salon d’Arts de ma ville (Massy) en mars et proposer une installation par rapport à Charly la grenouille! Cela veut dire aussi que je vais passer au volume!

► Martin Edenik: Y a-t-il une question à laquelle vous adoreriez répondre? Et quelle est sa réponse?

► Valérie Sorel: Charly la grenouille rencontrera-elle un jour Valérie? Je ne sais pas!

► Martin Edenik: Quel sera votre mot de la fin?

► Valérie Sorel: C’est la première fois que je réponds à une interview en restant sérieuse quasiment jusqu’au bout!


– The End –
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VALéRIE SOREL
ou la sémantique de l’Art

Interview : Martin Edenik