© Virginie Ropars.
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INTERVIEW



► Martin Edenik: Bonjour, Virginie! Vous avez commencé par dessiner, puis avez bifurqué vers la modélisation 3D. Cette dernière expérience est-elle à l’origine de votre aventure de sculpteuse? Et, si oui, vous a-t-elle été utile dans votre travail de «faiseuse de créatures»?

► Virginie Ropars: Bonjour, Martin! Pas vraiment. J’ai surtout travaillé pour des jeux de courses de voitures, donc c’est assez loin du sujet. Ce qui a plus compté, c’est essentiellement ce que j’ai pu faire en dehors de ce travail, à mes heures perdues. C’était un peu frustrant le tout virtuel, et j’ai palié à cette frustration en faisant tout un tas de choses à côté, du dessin, de la broderie, des vêtements, des bijoux, des accessoires en cuir… Il fallait juste que je puisse mettre tout ça ensemble sur un support dont je ne pourrais pas me lasser, ce que je fais aujourd’hui.

► Martin Edenik: De quels matériaux sont faites vos œuvres? Il n’y a pas de moulage, dans votre processus de création. Pouvez-vous nous expliquer votre méthode de travail?

► Virginie Ropars: il y en a beaucoup et la liste serait trop longue, c’est de la sculpture multi-matériaux, donc tout est susceptible de se retrouver un jour dans mes boulots. Disons que la rencontre avec l’argile polymère a été déterminante pour moi; je n’aime pas beaucoup les matériaux qui nécessitent de l’eau pour le modelage, et les procédés de moulage sont trop contraignants pour moi, et puis, on y perd un peu d’instinctif. Il y a aussi beaucoup de bois et de métal dans mes travaux et beaucoup de matériaux de modelages différents. Disons que j’utilise les matériaux en fonction de leurs propriétés ; j’essaye d’utiliser le matériau le plus approprié au résultat que je veux obtenir.
Je démarre un travail lorsqu’il est bien clair dans mon esprit, je dois savoir où je vais, c’est impératif pour éviter de me retrouver face à un problème bloquant par la suite. Mon état d’esprit est simple lors de la conception: je veux faire ça! Donc, comment faire pour y arriver? Une fois que l’idée est claire et que les problèmes techniques sont à mon avis surmontables, je fais un croquis de ma structure interne, c’est le plus important pour bien commencer. Ensuite, je modèle la tête, cela me donne une ligne à suivre en terme de couleurs et d’expression surtout, pour la suite. Pour le reste c’est modelage, peinture, vêtements, finitions.

► Martin Edenik: Vos personnages vous sont-ils (plus ou moins?) inspirés par votre culture de Celte?

► Virginie Ropars: Pas vraiment. J’ai parfois traité des sujets celtiques ou arthuriens, mais ce n’est pas la base de mon inspiration, même si, effectivement, le goût pour les légendes et une certaines influence de ma culture bretonne sont forcément importants.

► Martin Edenik: Mais diriez-vous, malgré cette réserve, que vous êtes imprégnée de culture celtique?

► Virginie Ropars: Je ne sais pas. Si oui, alors je ne m’en rends pas compte. Je connais d’autres gens qui en sont beaucoup plus imprégnés que moi. C’est plutôt, pour moi, un terreau pour le reste je pense. Un attrait du légendaire et d’un certain folklore au sens noble.

► Martin Edenik: Vos créatures semblent, à chaque fois, nous raconter une histoire. Une histoire que vous imaginez lors leur création?

► Virginie Ropars: Il me semble surtout que je propose aux gens des supports à histoires... Lorsque je travaille, je n’inscris pas le personnage dans une ou des histoires; par contre, instinctivement et de manière plutôt floue, je travaille sur «l’histoire» du personnage, par des détails, une attitude, une expression. J’essaye de rendre tout ça vivant et perceptible pour le spectateur. Mais le travail de construction d’histoire autour de mon travail, c’est l’imagination du spectateur, seule, qui en est responsable.

► Martin Edenik: Revendiquez-vous des influences en matière d’art et de littérature? Quelles ont été les plus importantes?

► Virginie Ropars: Je suis forcément sous l’influence des choses que j’aime, car elles nourrissent mon imaginaire. Je ne suis pas toujours consciente des influences, tout ça, c’est de la digestion, et c’est toujours un peu inconscient. La littérature est, je pense, très importante, plus que le reste pour moi. J’ai des goûts très précis, et je suis assez monomaniaque, le fantastique, le symbolisme, les décadents du début du XX e siècle et la littérature du XIXe d’une manière générale, car c’est celle qui me plaît le plus en terme d’écriture.
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Ce qui compte pour moi, c’est que cela résonne avec mon imaginaire personnel. Mes goûts en matière d’art sont au diapason. Et par ailleurs, mes amis, pour la plupart des illustrateurs, me motivent beaucoup.

► Martin Edenik: La féminité de vos personnages se teinte souvent, me semble-t-il, de mystère, voire d’étrangeté. La Femme est-elle ainsi? Recèle-t-elle une sorte de magie?

► Virginie Ropars: Ce qui m’intéresse par-dessus tout, c’est l’ambivalence des choses, et la féminité l’est par essence pour moi. C’est ce qui me la rend intéressante. Bien que nos sociétés fassent en sorte de gommer cette aspect de la femme. La femme peut être aussi vectrice d’horreur et de choses qui secouent notre nature d’être humain, tout en restant très positive, en nous rappelant notre nature animale, forte, violente et indomptable. C’est très positif tout ça pour moi, assez païen, aussi, et c’est l’idée qui est toujours présente dans l’image de la femme que je veux véhiculer. J’essaye de montrer une image de la femme, comme un être fort, intelligent, solitaire ou connecté et, surtout, indépendant; elle peut devenir, donc, dangereuse et incontrôlable, comme la nature en fait. Suivant les gens qui regardent mon travail, il m’arrive de remuer une image de la femme en eux qu’on nous pose dans nos sociétés uniquement comme étant une mère angélique, et dépendante/consentante. Il est arrivé parfois que j’observe des réactions de rejet par rapport à mon travail, justement pour ça, beaucoup de femmes se trouvent très confortablement installées dans cette image angélique que leur renvoie la société d’elles-mêmes avec, également, l’assentiment des hommes. Je ne dénonce pas, et je ne revendique pas vraiment, mais j’aime montrer une autre image. Parce que, justement, cette image que je veux montrer me réconforte moi, justement, en tant que femme. Après c’est le regard de l’autre qui devient déterminant.

► Martin Edenik: Quels sont vos derniers coups de cœur en matière d’art, de littérature et de musique?

► Virginie Ropars: C’est difficile de parler de coup de cœur, un coup de cœur c’est  souvent quelque chose qu’on aime très fort à un instant «T», jusqu’au prochain coup de cœur. C’est un peu comme ça que je le vois. Je suis assez monomaniaque comme je le disais, du genre à lire toutes les œuvres d’un auteur, regarder toute une filmographie, ou regarder le même film quarante fois, écouter des CD en boucle pendant des semaines. Comme je ne suis pas du tout les médias, je rencontre le travail de quelqu’un par pur hasard d’une déambulation dans une librairie, ou sur le Net, j’ai toujours fonctionné comme ça. Je suis aussi très friande des préfaces et postfaces lorsqu’elles mettent en relation le travail de quelqu’un avec d’autres, je découvre des auteurs comme ça aussi. Je peux juste vous donner un DVD d’une série de la BBC que j’ai commandé en début d’année, pour voir, l’adaptation du roman ‘‘The Crimson petal and the white’’. J’ai trouvé cette mini-série, vraiment belle et très moderne dans son traité, c’est très esthétique et aussi un beau portrait de femme forte et libre. A mon avis, ce n’est pas demain la veille qu’on aura quelque chose de cette qualité à la Télévision française.

► Martin Edenik: Des projets pour 2012?

► Virginie Ropars: Oui. Quelques expos et quelques travaux de collaboration. En mai, je participe à la convention ‘‘Spectrum Art Live’’, aux Etats-Unis, donc c’est déjà un sacré voyage! En juillet une expo au ‘‘Civic Museum de Bassano Del Grappa’’, en Italy, une expo en Belgique et à Paris à l’automne. Et d’ici là, David Thiérrée, mon compagnon (qui est illustrateur), et moi avons ouvert (début avril) un atelier/boutique à La Gacilly, dans le Morbihan. Donc, nous avons beaucoup de boulot de ce côté-là aussi d’ici l’automne.

► Martin Edenik:  Pour finir, une question que vous vous posez à vous-même. Et sa réponse, s’il vous plaît.

► Virginie Ropars: Et sinon ça va? Ouais, ça va!



– The End –
Retrouver Virginie Ropars dans sa page Facebook.
VIRGINIE ROPARS
la Magicienne


Ses créatures ne relèvent pas seulement de la sculpture mais, aussi, de la poésie. Elles nous parlent de Merveilleux, d’un Autre Monde qui, parfois, évoque celui des anciens Celtes. Virginie Ropars n’a pas seulement du talent, elle est riche d’un imaginaire nourri de multiples influences. Elle nous parle d’un temps héroïque, d’un temps où la Femme était magicienne, et puissante.

Interview : Martin Edenik
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